Le musée Zadkine, une oasis au coeur de Paris

Après avoir traversé Paris depuis les Tuileries pour y visiter la prestigieuse foire PAD Paris, m’être arrêtée au numéro 15 de la rue Joseph Bara pour admirer une fois de plus une porte, détail architectural remarquable et me voilà arrivée au 100 bis rue d’Arras dans le sixième arrondissement. De l’extérieur j’aperçois un renfoncement et une sculpture. On m’avait avertie du caractère authentique des lieux et confidentiel de la visite. Au premier pas entamé dans cette cour, on entre dans un espace temps à part. Véritable écrin, ce musée-atelier offre une occasion unique de découvrir l’oeuvre du sculpteur Ossip Zadkine. Le public connaît certainement sa contribution au cubisme mais cette visite offre bien davantage; se plonger dans le contexte créatif de cet artiste pour mieux découvrir la douceur, la naïveté, la modernité et la beauté de ses sculptures.

Porte sis 15 rue Joseph Bara
Porte sis 15 rue Joseph Bara

Aux origines …

Le musée est installé dans l’atelier que le sculpteur Ossip Zadkine occupa de 1928 à 1967. Son existence a été rendue possible grâce à sa veuve Valentine Prax qui a légué le bâtiment et les collections à la ville de Paris conformément à la volonté de l’artiste. En 1982, la ville de Paris inaugure l’ouverture du musée. Ossip Zadkine, né en Russie en 1890, arrive à Paris en 1909 après un passage par Londres. Reconnu comme un représentant majeur de l’école de Paris, il évoluera dans le milieu bouillonnant de Montparnasse où il se lie d’amitié notamment avec Apollinaire. En ce début de siècle, il fait partie, aux côtés de ses amis Modigliani et Archipenko, des artistes qui chercheront à établir un nouveau langage, une nouvelle construction des formes. Lors de la visite du musée, on aura, tour à tour, l’occasion de découvrir toutes les facettes de l’oeuvre de Zadkine. Des sculptures aux inspirations slaves, primitives avec une dimension très archaïque, l’adhésion aux principes formels du cubisme et l’adaptation en trois dimensions des principes picturaux cubistes, son intérêt pour la sculpture égyptienne et africaine et finalement son amour pour les sujets mythologiques et l’antiquité classique. L’œil circulera donc d’œuvres géométriques vers des sculptures aux lignes plus fluides et empreintes de lyrisme; il passera également de pièces taillées dans le bois, la pierre ou le bronze et découvrira des sculptures aux dimensions variées avec quelques pièces de très grand format.

Un dialogue intime entre les lieux et les oeuvres

En 2012, le musée réouvre ses portes après des travaux qui ont été l’occasion de repenser les lieux pour se concentrer sur l’esprit atelier. Comme c’est fort justement expliqué sur le site internet, il se déploie autour du jardin-havre de ce lieu de mémoire et de charme. “Dans la nudité d’espaces rendus à leurs volumes d’origine, sous la lumière des verrières qui font vivre les œuvres au rythme des saisons, bois, pierres et terres dialoguent, renvoyant silencieusement au monde de l’atelier”. Tout y est dit, le musée a brillamment réussi à instaurer un dialogue entre le visiteur, les lieux, les sculptures et son oeuvre artistique en général. Source d’inspiration, la visite apparaît dans un calme magistral comme un petit voyage dans un univers créatif particulier, très doux. L’œil voyage entre le jardin et sa vie, la verrière, et les formes et matériaux des sculptures. L’échelle humaine contribue à donner du sens à la visite. Au delà d’admirer les sculptures, on se projette avec plus d’aisance et d’autant plus d’émerveillement dans le processus créatif de l’artiste.

L’entrée est libre, l’accueil est chaleureux et calme, à l’image des lieux, la visite est apaisante et hautement instructive. Le visiteur reçoit à l’entrée un fascicule explicatif. Le site internet comprend davantage d’informations et notamment un onglet “préparer sa visite”.  Que demander de plus ? Un MUST SEE si vous êtes de passage à Paris.