L’Art Deco, Paul Poiret et Paris mis à l’honneur au Gemeentemuseum de La Haye

Le Gemeentemuseum de La Haye a accueilli en ce début d’année une splendide exposition intitulée Art Deco, Paris. Une exposition sur un Paris début de siècle, un Paris faste et festif, un Paris luxe et grandeur. L’exposition, la mise en scène, la sélection des pièces, tout nous a plu et le propos du commissaire nous a vraiment convaincus.

Un lieu qui donne le ton

La visite commence tout simplement par le musée lui même. Le bâtiment a été conçu par l’architecte Hendrik Petrus Berlage (1856-1934). Le projet remonte aux années 1910 et la volonté est double : un  bâtiment accessible à tous sans connotation élitiste et un bâtiment moderne. Ce n’est que dans le courant des années 1930 que les travaux débuteront. Le musée ouvrira peu après la mort de Berlage en 1935.

Le hall d’entrée vitré est conçu à l’époque comme une zone tampon pour progressivement s’extraire du mouvement et de la vie extérieure. Ce “tunnel de verre”, reste aujourd’hui encore un élément architectural fort du musée. De l’extérieur on contemple cette architecture Art Deco, on s’interroge sur la configuration intérieure. La visite commence dès le premier pas posé dans ce tunnel. On s’extrait progressivement du brouhaha du monde extérieur pour entrer dans un nouvel univers. Près d’un siècle plus tard, l’effet souhaité par Berlage est resté intact.

A l’intérieur l’idée est d’offrir une expérience sensorielle au public. Une échelle humaine, des espaces pensés pour s’y perdre mais en toute quiétude. On est rapidement surpris par le contraste entre l’extérieur, certes intrigant mais relativement austère, et l’intérieur. L’intérieur est très lumineux avec un espace justement ponctué par des notes de couleur. Il se dégage d’emblée un sentiment de bien-être et de confort pour le visiteur.  Le contraste est bien là avec l’utilisation de matériaux nobles tels que le marbre, le laiton bronzé. Mais le propos n’étant pas l’architecture du musée, prenons l’escalier sur la droite et entamons la visite de cette exposition.

Paul Poiret (1879-1944) comme angle d’approche

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L’exposition s’intitule “Art Deco, Paris” mais la vedette en est Paul Poiret. Et c’est clairement annoncé dès la première salle. Le visiteur est littéralement accueilli par Paul Poiret en personne via une photographie grandeur nature.

Paul Poiret ou comment poser la question pertinente de quand et comment est né l’Art Deco. Et le visiteur peut découvrir la réponse subtilement tout au long de l’exposition. On y découvre dans une grande homogénéité  les influences des avant-gardes, du modernisme. Même si l’Art Deco s’en distancie il n’en est pas moins vrai qu’il y puisera un vocabulaire qu’il s’appropriera. Il y est question du cubisme, du futurisme, de Fernand Leger, de Picasso et Braque, de Raoul Dufy, de Mallet-Stevens, d’André Groult… Le parcours nous apprend également  que la célèbre Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris tenue en 1925, aurait vue le jour dans les années 1910 si la guerre n’avait pas changé la donne. On découvre donc tout le foisonnement, la richesse des rencontres, des échanges d’un Paris début de siècle, des années folles. Un espace temps où le champ des possibles est vaste.

Avec de la musique en plus, cette exposition est un vrai Gesamtkunstwerk

Paul Poiret, est non seulement le père de l’Art Deco dont le style a porté le nom (Style Poiret) mais il est surtout l’un des premiers couturiers qui a travaillé dans l’optique d’une oeuvre totale. Et cet aspect là est particulièrement présent dans l’exposition. L’oeil se promène entre verrerie, costume haute couture, mobilier, orfèvrerie, peinture, design textile, sculpture … On découvre les ateliers Martine fondés par Poiret. Mais également sa volonté d’englober les différents aspects de la vie en un tout. Poiret s’attaquera au design d’intérieur, au mobilier, à la mode, aux vêtements et même au parfum (Parfum Roseline). Chaque salle présente un film pertinent qui vient appuyer le propos. Cette visite est une véritable expérience, un voyage. Un voyage envoûtant, parfois délirant, subjuguant. Le mariage est réussi. On découvre en trois dimensions tout le foisonnement de la période Art Déco. On voyage aussi entre les sources d’inspirations du japonisme à l’Egypte ancienne. On a particulièrement apprécié la sélection de pièces Cartier qui sont à couper le souffle de beauté et de justesse. On aurait apprécié une dimension sonore … alors là l’exposition elle-même aurait été un gesamtkunstwerk.

Une très belle séléction de pièces :

L’exposition présente une grande quantité de pièces, venues parfois de loin, de musées, de galeries ou de grandes collections particulières. Elle met également en avant une partie des collections du musée lui-même. N’oublions pas qu’à l’époque de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes le musée avait eu l’occasion d’acquérir de magnifiques pièces. La qualité des pièces présentées est à souligner, en voici une petite sélection :

1/ Brochure “Les robes de Paul Poiret” par Paul Iribe, 1908

Ces brochures sont présentées dans la première salle de l’exposition. Elles sont belles, intrigantes, colorées. Des petites délicatesses. Mais ce qui est intéressant, c’est de comprendre dans quel état d’esprit elles ont été conçues. Elles ont été commandées par Paul Poiret à Paul Iribe et devaient être envoyées aux grands du monde d’alors pour présenter le travail de Poiret. Le ton est donné, l’exposition met bien en avant une autre époque avec un vrai sens du détail et du “fini”, un autre mode de production, un savoir-faire,…

2/ Un paravent aux oiseaux exotiques – Prêt de 20eme Siècle au Gemeentemuseum

Il s’agit d’un paravent à quatre vantaux produit par Paul Poiret – Atelier Martine. Cette pièce a été prêtée par notre entreprise, 20eme Siècle au musée de La Haye dans le cadre de cette exposition temporaire. Il partira ensuite vers New-York chez un collectionneur. Peinture sur textile, bois exotique, laiton sculpté; le choix des matériaux interpelle. Oiseaux exotiques, plantes colorées, inspirations du monde végétal et animal, tout en rondeur et en profusion,…

3/ Costume de Paul Poiret – Probablement pour les soirées 1001 Nuits

Sans entrer dans le remarquable travail textile et créatif … nous voilà plongés directement dans un Paris des années folles.

4/ La robe Braque par Paul Poiret

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Robe Braque par Paul Poiret @Paris, Art Deco – Gemeentemuseum La Haye

Le grand public connait très bien la robe Mondrian d’Yves Saint Laurent qui est devenue une sorte d’icone de la mode. Mais quel génie de la part de Paul Poiret avec cette robe Braque. D’abord c’est un juste hommage à tout l’intérêt porté par Paul Poiret aux avant-gardes. Ensuite c’est extrêment modernes comme approche, on sort le tableau de son cadre et il ouvre là un questionnement cher aux cubistes. Finalement, Poiret avec cette robe insiste une fois de plus sur l’intérêt de décloisonner les modes d’expression contemporain.

La qualité de cette exposition nous a vraiment laissés sous le charme … Nous vous invitons a gardé un oeil attentif sur le calendrier du Gemeentemuseum de La Haye !